tout mon temps

tout mon temps

Dans le train qui m'accompagne doucement jusqu'à Montréalove, trop absorbée par mon livre ou peut-être les oreilles encore cotonneuses des mots d'amour de mes parents laissés sur le quai quelques heures plus tôt, je n'entends pas l'annonce qui indique le prochain arrêt du train. Marne la vallée ou Roissy ? Je sais pas.

Je croise le regard d'une femme, assise près de moi, je m'approche d'elle et lui dit : "le prochain arrêt c'est Marne La Vallée, pas Roissy ?" Point d'interrogation pas assez marqué surement elle me réponds, les sourcils circonflexes, un très français "bah oui je sais". 
Je souris, "non non c'était une question. Moi je ne sais pas." 
La face change, le sourire un peu gêné "Ha oui, excusez moi. Alors oui oui, le prochain arrêt c'est Marne."

Est-ce pour se "rattraper" de son ton un peu raide quelques secondes plus tôt, notre dame s'installe dans le couloir, face à moi et me raconte Israël avec sa soeur le lendemain, oh elle aussi adore le Québec parce que les gens sont gentils, elle aimerait y aller, ha oui vous êtes professeure de yoga, vous écrivez quoi ? doula? J'avais jamais entendu. Expliquez moi. Voilà qu'entre le siège 11A et 15A ça parle bébés, naissances et renaissances, mission de vie, Amour et respect, féminisme,
littérature et engagement. 
Oups, Roissy est déjà là. C'est passé trop vite.

"Je me perds toujours dans les aéroports, vous m'accompagnez jusqu'au lieu où je rejoins ma soeur ?" "Bah tiens... j'ai tout mon temps moi !"

Sous le grand tableau des vols, on attends sa soeur ensemble, on jase comme deux amies mais avec la liberté de celles qui ne se reverront jamais, entre femmes, mes 30 ans, ses 70, la cicatrice de sa césarienne et mon premier accouchement. Tout et même une main sur mon épaule. 
La sœur arrive finalement.
Bon, alors "by" mais dans un souffle elle lance "Vous revenez bientôt en France ?" "Peut-être dans 2 ans !" On rit de ma réponse aussi saugrenue que sa question, à croire qu'on avait le goût de se dire "à bientôt".

À ceux qui me demandent pourquoi j'arrive si tôt dans les aéroports, je répondrai, parce que j'ai tout mon temps moi, j'ai tout mon temps.

lettre à France

lettre à France

du bonheur de ne pas être aimée

du bonheur de ne pas être aimée