lettre à France

lettre à France

Je me promène dans mon pays natal mais loin du pays qui m'a vu naître, j'observe les gens, les lieux avec l'œil touristique de celle qui vient pour la première fois. D'ici pourtant je connais tout.

J'écoute les conversations du coin de l'oreille et je trouve que ce sont eux qui ont l'accent. Je respire fort, même dans le métro, pour me gonfler de ce pays que j'amour-haine. Sens, sens encore l'odeur de la bouffe chaude, de tamien et de Chanel, partout, sens encore, sens.  

La croûte dorée du pain jusqu'à la douceur des joues de ma maman, du bout des doigts ou bien des yeux, je caresse tout.

J'observe la multitude de visages, de couleurs, les voix fortes, l'insolence totale, la froideur qui cache la timidité, le sans gêne un peu, la révolution toujours, le survet Lacoste et la jupe-marinière Cyrillus, les minis jupes et les femmes drapées de pudeur. 

Serais-je donc à jamais tout ça ?

 

Ma belle France, indétronâble, comme une ex qui nous a beaucoup fait pleurer mais qui veut pas s'en aller du coeur.

Ma belle France, je me croise dans tes rues le crâne rasé adolescent, puis ligne orange je marche le pas serré à cause de ma jupe crayon taille 0 et mes talons de 12, j'aperçois mon visage vaillant qui sort de mon premier examen de communication métro Gorge de Loup, je me bouscule en sortant de la rue St Cath, une gamine dans la main, l'autre dans les bras. 1000 vies.

Ma belle France, tu as tout vu, à toi je n'ai rien caché et j'ai tout dit. Comme un témoin encombrant, j'ai même voulu t'assassiner pour m'offrir le luxe de recommencer à zéro.

Ma belle France, après m'être sentie écartelée loin de toi, me découvrir recousue quand je te quitte. Un seul morceau de moi.

Ma belle France, si le ciel ailleurs est plus beau, tes racines sont les plus confortables.

Ma belle France, combien de mes fou rires, retrouvailles, larmes joyeuses résonneront encore au creux de ton cou ?

Partir sans claquer la porte cette fois, France+Moi écorchées vives au coeur apaisé, de mon oiseau je nous regarde en te murmurant à l'oreille "à bientôt".

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En écoutant : Lettre à France, Michel Polnareff

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