du bonheur de ne pas être aimée

du bonheur de ne pas être aimée

Je m'en rendais même plus compte. Comme tous, j’étais formatée depuis l'enfance à "plaire". Plaire à papa, plaire à maman, plaire à la maîtresse, plaire aux amis puis plaire aux patrons, plaire aux collègues, plaire aux hommes. La quête d'amour ancrée dans l'ADN.

(Cette quête de vouloir être aimé mais aussi la certitude inconsciente mais douloureuse de ne jamais l'être assez est un moteur formidable du système capitaliste.... mais c'est un autre sujet :)

Vouloir être aimé peut te sembler un grand concept et d'instinct peut être que tu te dis à la lecture de ces mots que tu t'en fous des autres, de leur avis, de leur appréciation.

Je sais que t'es wild mais... Pense encore.

Jamais as-tu voulu être reconnu pour ton travail, admiré pour ta beauté, récompensé pour un effort ou recevoir un prix pour un projet, salué pour ton originalité ou ta précision ? Jamais ? Tu n'as jamais couru après la petite tape dans le dos du patron acariâtre, le regard d'approbation de l'ami cool ou l'invitation à LA fête où il faut être. Jamais ?

Chanceux.

Moi j’ai passé 30 ans à faire ça.

J’ai fait des niaiseries par amour, mais j’ai surtout fait des niaiseries pour être aimée. Ce n’est pas l’amour qui rend aveugle, c’est vouloir être aimé qui brouille la vue.

Accepter une job que je détestais mais qui suscitait l'admiration d'une poignée, ne pas contredire une personne alors que je n'étais pas d'accord avec elle, rester dans une relation malsaine parce que l'autre -parfois- me faisait sentir -un peu- aimée. 

Même si c'était cher payé, même si c'était le faux-moi qu'on encensait, se travestir pour quelques miettes de love. Aime-moi donc, s’il te plait. Un peu. De travers. Tout croche. Mais aime-moi.

Puis un jour le service de trop et le merci de moins. Tsé, la fille avait juste pas dit "merci". Elle avait peut-être oublié, c'était pas sa faute, c'était la mienne. Vouloir le "merci" comme l'enfant qui attend le bon point de sa maitresse. Dans ma tête ça crie : "Après quoi tu cours ?". Rembobiner le film et découvrir des kilomètres de scène où je vais au bout de moi pour l’autre. Altruisme ? Non. En quête d’une goutte d’amour, de reconnaissance, même si c’est un peu amer. Les "merci", les "bravo", les "good job" qui sonnent comme des "je t'aime".  

Lendemain de veille d’une cuite qui aura duré des années, je vois enfin que le grand amour que je cherchais dans tous les yeux du monde arrivait quand je fermais les miens.

C'est ici que s'est arrêtée ma quête. J'ai arrêté d'avoir soif quand j'ai commencé à boire à Ma Source. 

Un petit feu qui semblait éternel s'est éteint en dedans quand j'ai réalisé que l'essentiel n'était pas que je sois aimé de 1000 mais aimé par 1 pour de vrai.

Le 1, c'est moi.

 

 

À mes amours. À mes amis. À ceux qui ose s'aimer sans retenu. À l'amour du dedans qui bouleverse tout et rend les yeux brillants. Aux nouveaux, aux actuels et aux anciens. À ceux qui partent, ceux qui restent et ceux qui arrivent. À ceux qui sont là, d'océan en creux de la vague. À mes Doulas qui accompagnent mes Naissances. À Lui, là partout tout le temps, qui attendait que je n'ai plus besoin de Lui pour devenir indispensable. 

À moi, à nous, à eux. 

À notre humanité parfaitement imparfaite. 

Arrête de courir Babe, tout est là. 

tout mon temps

tout mon temps

le trésor

le trésor