le trésor

le trésor

Je te le dis, ce matin là, c'était un matin de cul dans une semaine à la con.
Je feelais pas. La tête ivre de tristesse, l'alcool triste me pogne même à jeun.
Dans le métro qui me menait à ma classe, j'étais rendue à me poser la question de mon examen de philo au bacc, en 2003 : "l'homme est-il condamné à la souffrance ?" Ma conclusion était que oui et que ça me faisait chier.

J'ai texté Mama pour lui demander si elle avait une autre conclusion plus le fun, elle m'a répondu qu'on souffrait pour grandir.
Mama je l'aime, mais là j'avais envie de l'envoyer chier en lui disant que j'étais assez grande de même, 5'7, c'est pas pire pour une fille. J’vais être correcte.

Je suis arrivée au studio. J'ai filé tout droit devant la réceptionniste pour pas qu'elle découvre que même les professeurs de yoga ont de la peine parfois.
Je suis vite rentrée dans la salle, pour le cours de 12h y'a jamais personne avant l'heure, mais ce midi là, ta soeur était là. Mains sur le ventre, allongée dans la salle.  

Elle est venue me voir pendant que j'allumais les bougies. Ses grands yeux brillent plus fort que mes lampions puis son sourire est géant comme le tien. Je lui demande si on a déjà fait un cours ensemble, "non, jamais, mais ma soeur N. vient souvent à tes cours." Vous avez le même sourire panoramique, bien sûr que je me souviens de toi.

Belle N., présence divine, toi qui danse pendant chacune de mes classes. Ton foulard qui glisse avec la sueur et puis, pourquoi se cacher quand on est entre Nous ? Crâne brillant comme la lune et tu danses encore plus fort. "Voici qui je suis, tu cries. Voici ma blessure, es-tu game de me montrer la tienne ?" Et tu danses encore plus fort. Tu sues pour nous toutes.
"Je voulais te dire, elle aime beaucoup tes cours. Elle dit souvent "Ce cancer, je vais le tuer ! Et que Dieu bénisse le yoga."

Assises les deux sur son tapis, elle me raconte combien t'as changé, combien t'es plus la même depuis l’annonce de ta maladie. Combien t'as grandi et combien t'es belle. Criss que t’es belle. Quand t’as même plus besoin de cheveux pour ressembler à une déesse. Tsé, toi, t’es rendue là.

Il parait que tu inspires les autres autour de toi comme pas possible, que tu célèbres la vie et que la vie te célèbre comme jamais. La maladie qui décrasse, nettoie. Change tout. Rend brillant, vrai, fort, toi et les autres autour.

Y’a mes yeux qui piquent tout à coup, les tiens aussi. Nos larmes qui roulent synchro et on se prends dans nos bras comme des amies qui se retrouvent. Il n’y a que ça qui existe, l’Amour, puis on pleure en faisant du bruit dans la salle où personne n’ai encore rentrés. Le moment suspendu, juste à nous.

Cohérence cardiaque, nos coeurs à l’unisson. Dans nos larmes y’a des éclats de tristesse, de vérité, de surprise et d’évidence. In you i see me, on sourit fort.

J’avais jamais vu ça de même, les épreuves, la souffrance comme des indices de là où il faut creuser pour trouver le trésor. Travaille ça, travaille ici, un peu plus là. Chaque douleur comme un pas en avant vers les bijoux en dedans de nous. Des fois le chemin est boueux, brûlant, on croise même des serpents et des cafards, ne t’arrête pas à ça Guerrière, bientôt le trésor.

Une de mes amies me disaient que pendant son accouchement, au lieu de rester centrée sur la douleur, elle se disait que chaque contraction la rapprochait de son bébé.

Ça me tente de choisir de voir mes douleurs à moi et ceux du Monde de la même manière, chaque cri du dedans comme un pas vers notre propre accouchement.

Ce cours là, ta soeur et moi on a dansé si fort que tout le monde nous a suivi. Vers la fin, on savait plus trop si on suait ou si on pleurait, surement les deux, p'têtre même que c'était rendu un peu la même chose. C'était un cours vibrant, vrai. Comme toi, genre. Merci de m'apprendre, même quand t'es pas là. 


Le 30 c'était ton opération. Mon cœur avec toi. Toi, dans mon cœur.


Amour xxx

du bonheur de ne pas être aimée

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Devenir doula

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