non, c'est non

non, c'est non

Moi puis ma gang de filles, vendredi soir, dans un bar dans le centre de Montréal. La belle musique hip-hop, on danse et on est heureuses. 

Y'a ce gars qui commence à danser proche de nous. Il a le droit tsé. Il a le droit de danser à côté de moi. Il a le droit de me regarder aussi. Sauf qu’il décide de se mettre derrière moi puis de me parler suffisamment près pour que je sente son haleine chaude sur ma joue. 

Je suis mal à l'aise. 

Pourtant je ne dis rien. Moi puis ma gentillesse, mon envie de pas-de-vague, ma bonne humeur du moment que j’ai pas envie de gâcher, je me tais. Comme des milliards de filles. Ce silence là, ces minutes où il te passe par la tête que peut-être tu dansais de manière trop lascive, peut-être qu’en cherchant bien t’as un petit quelque chose à te faire reprocher. Ou que c’est “pas si grave sois pas si coincée”.

Mon silence, à l’évidence, tu l’as pris pour un go pour aller plus loin, tu m’as donc pris la taille et tu as fait un moove de type grouillade-sensuelle contre mes fesses. J’ai senti ton penne man, puis c’était vraiment pas trippant. 
J’ai pris ta main fort. J’ai planté mes yeux dans les tiens et je t’ai dit : “NE ME TOUCHE PAS. JAMAIS.”

Tu étais devant tes amis alors évidemment t’as pas trouvé ça fun fun que je me refuse à toi. 
J’ai recommencé à danser comme si de rien, j’ai entendu très distinctement que tu disais à ta bande que j’étais une salope, que je dansais comme une pute et que j’étais une agace. 

Tsé quoi le grand, ce jour là j’étais en flat shoe avec un tshirt de gars XL et je dansais sur 2pac mais j’aurai été en string léopard avec des plateformes transparentes, une micro jupe en latex et les seins qui sortent de ma cami que t’aurai pas été plus legit de me fuckin toucher sans mon consentement. 
J’aurai eu un T-shirt I’M A SLUT, que t’aurais pas eu plus le droit de me toucher. J’aurai twerké en booty short sur Erotica de Madonna que t’aurai pas eu le droit non plus. 
Parce que non, mon beau, chaque geste d’une fille n’a pas pour but d'exciter ton zizi. 
Que ça se peut aussi qu’on danse dans l’unique but de se faire plaisir, se sentir belle par rapport à nous-même et avoir du fun avec ses amies. La vie n’est pas un clip de rap, chacun de mes mouvements n’est pas une invitation à ce que tu m’emmènes dans ton jacuzzi. 

Ce qui m’ennuie, c’est que la majorité des gars sont respectueux, honnêtes, gentils. 99,9%. 
Je vous plains très sincèrement les boyz, comme je plains les minorités ethniques qui ramassent les préjugés générés par 1%. Je te plains, toi, le gars qui a peur de croiser le regard de la fille dans le bus, je te plains, toi, le collègue qui ose plus faire d’overtime seul avec une collègue, je te plains toi qui voudrait bien dire à ta voisine que sa jupe lui fait bien… Mais tu oses pas parce que tu veux pas passer pour un creep. 

Monde étrange où on confonds tout : amour et désir / gentillesse et assauts sexuels / regards flatteurs et gestes déplacés. Plus personne semble trouver sa place devant ce grand chaos. 

Mais si on résume : Apprenons à nos filles à dire NON à la minute où elles ne sont pas à l'aise avec une situation et apprenons à nos gars que lorsqu'une fille dit NON, c'est NON. 

 

On va y arriver, petit à petit, on va y arriver.

dans les vestiaires des filles

dans les vestiaires des filles

un verre avec moi

un verre avec moi